Les emplois baissent, les heures supplémentaires se multiplient, la chasse aux gains de productivité bat son plein, les réorganisations s’enchaînent, la précarité l’emporte et les salaires stagnent. Pourtant ces sujets, sans doute jugés trop sérieux, ne sont pas, ou trop peu, négociés avec les organisations syndicales. Mises en difficulté sur ces sujets essentiels, elles se voient imposer d’autres obligations de négocier, sans cesse plus nombreuses : Les équipes syndicales sont happées par des négociations sur le stress au travail, l’égalité Hommes / Femmes, la diversité, le recrutement des salariés handicapés, les seniors...
Nous devons nous emparer de chacun de ces sujets. Mais quelles sont les intentions réelles du législateur ? Les textes de loi s’empilent, et les calendriers de négociation, parfois surréalistes, s’imposent aux partenaires sociaux. Comment s’étonner dès lors que les négociations, parfois de pure forme pour éviter telle ou telle pénalité financière, produisent des accords a minima dont les contenus, une fois déclinés dans les entreprises, n’auront que peu d’impact sur les salariés ?
Les multiples lois sur l’égalité professionnelle ont-elles réellement fait évoluer la situation des femmes dans l’entreprise ? Le fait de devoir décliner dans toutes les entreprises un accord senior avant la fin de l’année est-il de nature à traiter le problème au fond ? Nous devons cependant nous saisir de ces sujets car même avec des contenus limités, le simple fait d’aider à la sensibilisation des acteurs de l’entreprise sur la situation des travailleurs handicapés, des seniors, des femmes, facilitera les prochaines avancées.
Mais cette situation comporte un risque : Que la machine syndicale tourne à vide, ou presque. Alors que les salariés subissent de plein fouet les profondes mutations sur lesquelles nous n’avons que peu de prise, nous sommes amenés à nous engager sur des accords qui ne produisent que rarement des effets visibles et immédiats, et ne correspondent pas aux principales aspirations des salariés.
Nous devons faire évoluer nos pratiques. Tenter de réintroduire, par la GPEC, de la transversalité là où l’on veut nous imposer le cloisonnement des dossiers, à l’exemple de l’égalité professionnelle. Renforcer, encore, notre présence dans les entreprises, au plus près des salariés. La CFDT a besoin d’expliquer en amont le cadre précis des négociations, et de valoriser toutes les avancées obtenues, aussi minimes soient-elles. Nous devons aussi savoir mobiliser les salariés pour obtenir l’application pleine et entière des accords dans les entreprises, ce qui est loin d’être toujours le cas.
Le syndicalisme souffre actuellement d’un manque de crédibilité. A nous de démontrer la force de nos convictions, au service des salariés, par la solidité de nos structures, la formation de nos élus, la pédagogie déployée auprès des salariés.